Glorification des héros ou idôlatrie ?

Ascaso, Durruti, etc. : glorification des héros ou idolâtrie des affiches anarchistes ?

 

Contrairement aux révolutions russe, chinoise et cubaine, les grandes figures du socialisme ou les leaders de la guerre civile espagnole, ne sont guère présents sur les affiches. Pour ces trois révolutions citées précédemment, très rapidement les organismes officiels de propagande placeront au centre de la composition des affiches les leaders contemporains : Lénine, Staline, Mao, le Che et Castro, et/ou les pères fondateurs : Marx, Engels, et ensuite Lénine, Staline.

 

En Espagne, toutes organisations confondues, Les « grands hommes » (et femmes) sont assez peu présents sur les affiches communistes : Marx - Engels et absents des affiches anarchistes. Elisée Reclus apparaît plusieurs fois et les pères fondateurs espagnols sont rarement présents sur les affiches, mais plus présents sur des cates postales et les timbres :

  1. pour la CNT : Anzelmo Lorenzo, Salvador Segui, Francisco Ferrer y Guardia, Firmin Salvochea

  2. Pablo Iglesias pour l’UGT (moins de dix fois).

     

    Pour les leaders vivants, nous avons trouvé une cinquantaine d’affiches glorifiant les différents chefs de gouvernement, ministres ou autres généraux héroïques. Les plus « présents » sont : Companys (président de la Généralité de Catalogne), Negrin (chef du gouvernement à partir de l’été 1937) Azana, Angel Pestana. Les ministres anarchistes (en tant que ministre) ont eu aussi l’honneur d’une ou deux affiches chacun, vantant leur action respective.

     

    Ce sont les cartes postales et les timbres (notamment une série de type : « Hommes célèbres ») qui servent à glorifier les glorieux militants libertaires ; Bakounine, Kropotkine, Malatesta, Reclus, etc. Seule femme Louise Michel qui apparait sur un timbre. A noter que Ravachol est aussi « panthéonisé » par un timbre.

     

    Ascaso / Durruti, naissance d’une légende :

     

    La marge est fine entre culte de la personnalité et l’hommage rendu aux combattants charismatiques. Francisco Ascaso meurt lors d’un assaut le 19 juillet, en fin de journée. Malgré sa très grande notoriété, il ne fera pas l’objet du culte dont bénéficie quelques mois plus tard Buenaventura Durruti.

     

    Soixante-dix ans plus tard, nous avons encore l’impression qu’après le 19 novembre 1936 il y eut un déchaînement mystique autour de la mort de B. Durruti. S’il est réel (certaines affiches l’atteste), force est de constater que nous n’avons trouvé qu’une quinzaine d’affiches, autant de cartes postales et quelques timbres.

    C’est à la fois très peu ramené aux milliers d’affiches recensées entre 1936 et 1939 et beaucoup dans le sens où c’est le personnage le plus représenté sur les affiches libertaires. Il est aussi présent sur quelques supports communistes ou socialistes qui tentent de récupérer sa légende. Inutile de préciser que si B. Durruti apparaît dans la propagande communiste et gouvernementale, Ni la Pasionaria, ni un autre personnage communiste ou socialiste n'apparaît sur les support libertaires.

     

    De ce point de vue aussi, l’Espagne antifasciste se singularise des autres périodes révolutionnaires (marxistes il est vrai). Le vrai héros des affiches libertaires est : d’une part le milicien-e- / (puis soldat) travailleur / paysan ; et d’autre part les réfugiés (souvent un vieillard, une mère et un enfant).

    Le soldat -lorsqu’il apparaît- est souvent seul chargeant, fier, face au danger et ne défile que très rarement.