Qui commande ? Qui édite les affiches libertaires ?

 A l’automne 36, le gouvernement républicain quitte Madrid pour Valence. Cette ville devient alors le plus important centre de propagande national, toutes organisations confondues. L’école des beaux-arts s’investit totalement dans la conception d’affiches et la plupart des affiches du comité national de propagande de la CNT (et donc de la FAI ou des FIJL) sont conçues et imprimées sur place.

 Pour les anarcho-syndicalistes, le fédéralisme n’est pas qu’un slogan utilisé en congrès. Dans ce domaine aussi, les affiches (timbres et cartes postales) ne sont que le reflet de pratiques fortement ancrées chez les libertaires. C’est à la base qu’il convient de décider des orientations de l’organisation, donc, de la propagande.

 Dans notre panel cartes postales et timbres libertaires que nous présentons, nous avons comptabilisé plus de deux cents « émetteurs » différents. C’est dire si l’analyse s’avère complexe. Les affiches, cartes postales, timbres, ne sont pas imprimées à l’initiative unique de la CNT / FAI mais aussi, des athénées, de groupes locaux (des JJ LL, Mujres Libres, SIA...), d’écoles, d’unités militaires (militarisées ou pas) de collectivités, coopératives, etc.

 En ce qui concerne les affiches libertaires présentées dans les livres qui nous servent de base (voir la page bibliographie), la répartition des signataires, des commanditaires est la suivante :

 environ 30% des affiches sont éditées par le niveau « national » : Comité national de la CNT, Comité péninsulaire de la FAI et des FJIL.

-  40% par le niveau régional, notamment : la Catalogne, le Centre et le Levant.

-  30% par des syndicats locaux ou des milices particulières. Exemple : le syndicat des boulangers de Barcelone ou la Colonne de Fer.

A travers les signatures, le lecteur distingue, facilement, les différentes sensibilités qui traversent la CNT-FAI et les anarchistes de manière générale. Les affiches de la Colonne de Fer n’ont pas le « ton » de celles de leurs camarades de la région Centre, du comité national de la CNT ou de Mujeres Libres.

Côté "marques syndicales" des graphistes,  deux organisations sortent du lot :

- Le SDP (UGT) en Catalogne qui réunira jusqu'à 1800  adhérents de toutes tendances (socialistes, communistes, anarchistes, catalanistes) jusqu'aux évènements de mai 1937 ;

- Le SUEPL qui fût créé (manifeste paru dans la Vanguardia le 30 juillet 1936)  par la CNT pour contrebalancer l'influence du SDP sur Barcelone ou à Valence.

D'autres marques virent le jour  comme : Dibujantes CNT , Front unic de dibuixantes (CNT UGT) ou dans la région de Madrid le syndicat de l'enseignement qui mobilisait étudiant et élèves de l'Ecole des beaux-arts de Madrid.