Les cartes postales

Les cartes postales de la guerre civile

Les cartes postales sont, après les affiches, l’objet de propagande graphique le plus utilisé pendant la période qui nous intéresse. Support à part entière, les 800 cartes différentes recensées (par R. Marti dans son ouvrage) possèdent une logique éditoriale et graphique propre à leur format et à leur usage.

En France et en Europe, la carte postale fut le premier média grand public popularisant le reportage photographique. En effet, jusqu’au début du XXè siècle, les dessinateurs de presse avaient réussi à interdire l’usage de la photographie dans les journaux, dès lors, les photographes utilisèrent la carte postale pour diffuser leurs reportages. C’est ainsi que contrairement aux affiches, l’industrie graphique maîtrise parfaitement les techniques de reproduction photographique noir et blanc.

En Espagne, la quasi-intégralité de ces cartes ont un format 10x14. Il existe quelques cartes « photo » colorisées (surtout du côté franquiste).

Comme les affiches, elles auront une histoire, un parcours parallèle :

  • juillet 1936, mai 1937, d’une part, reproduction des affiches les plus populaires issues directement des organisations antifascistes. D’autre part, plusieurs séries autours de photos (sur le front ou à l’arrière).
  • à partir de 1937, reprise en main par le gouvernement et institutionnalisation des thèmes traités ;
  • 1938, un arrêt progressif de la production et de la diffusion de cet outil de propagande.

Dès juillet 1936, reproduire sous une autre forme les affiches, c’est chronologiquement le premier objectif des cartes postales, pourtant ces reproductions ne représentent pas plus du tiers de la production totale. A noter qu’à partir de la mort de B. Durruti, un nombre important de cartes postales sont éditées à sa gloire y compris par les organisations communistes et socialistes.

Une « Carte » est avant tout un « Objet de petit format destiné à une correspondance rapide et concise ». Le camp républicain mettra –rapidement- cet usage de base au service des milices puis de la valorisation de l’armée populaire naissante. Dès lors, les cartes deviennent gratuites pour les soldats sur tous les fronts. La Postal de campana est quelque fois pré-remplie. Chaque régiment, division, bataillon ou brigade mixte peut éditer une ou plusieurs « postales de campana ». soit une trentaine de séries, plus des casernes (ex : la caserne Lénine du POUM à Barcelone), les brigades internationales, etc. A notre connaissance, aucune unité libertaire « militarisée » n’utilisera cet outil (une ou deux), seul le comité central des milices anti-fascistes de Barcelone (dirigé par Garcia Oliver) en a éditées à la gloire des milices ou de la caserne Bakounine de la CNT.

Les thèmes proposés, sur le recto, sont majoritairement liés à la guerre et à ses conséquences : glorification des combattants (donc beaucoup de soldats), dénonciation des crimes de l’ennemi, la solidarité avec les réfugiés.

La solidarité et l’entraide est l’autre thème majoritairement abordé par les cartes postales : les organisations comme SRI (pour les communistes) et SIA (pour les libertaires) proposent de nombreuses cartes sur : les réfugiés, le rôle des hôpitaux, les prisonniers (dans la zone franquiste, mais aussi dans les geôles républicaines) destinées aussi à la propagande internationale.

Les cartes postales vont aussi mettre en avant les personnages connus : des généraux (Miaja, Lister, el Campesino, Farra, etc.), des leaders charismatiques (Durruti, la Pasionaria, Caballero,…), et des vedettes internationales de cinéma soutenant la « République » ; et pour les libertaires… les grandes figures de l’anarchisme : Bakounine, A Lorenzo, S Segui, E. Reclus, F. Ferrer y Guardia, etc.

Enfin on trouve aussi quelques reproductions de caricatures de presse.

Les organisations libertaires éditeront une vingtaine de séries différentes, les thèmes chers aux affiches libertaires : l’éducation, la culture, la révolution sociale, etc. sont abordés au début de la guerre (1936) ou uniquement à travers la reproduction d’affiches existantes (y compris en noir et blanc). SIA utilisera abondamment cet outil comme propagande internationale. Pour les libertaires, la Catalogne sera la principale place de production de cartes postales pour la zone antifasciste.

Enfin, il nous faut signaler le nombre important de cartes postales issues de la zone Franquiste. Si la production d’affiches franquistes fut insignifiante avant janvier 1939, le nombre de « postales » est suffisamment important pour s’y arrêter quelques lignes.

Elles se caractérisent par un usage très important de la photo (près de la moitié). La propagande par la carte postale ayant débuté plus tard côté franquiste (avec les premières victoires), elles glorifient surtout les martyrs et les vainqueurs (les généraux, les unités d’élite, les défilés bras tendus) et surtout la mise en valeur du généralissime : Franco, présent sur plus d’une centaine d’entre elles.

Les emblèmes « nationaux » sont au premier plan (drapeaux « sang et or » et insignes phalangistes). Il existe aussi des cartes postales destinées à glorifier l’aide et l’action des amis allemands et italiens.

Wally Rosell - Ramon Pino

Références : Les targetes postals de la guerra civil de R. Marti et les nombreux sites web consacrés à l’imagerie de cette période, sans oublier l’incontournable : http://cartoliste.ficedl.info/ . LE site consacré aux cartes postales anarchistes de 1870 à aujourd’hui.