Léon Blum à l'action contre l'Espagne antifasciste Le Libertaire 11 décembre 1936

Nous vous proposons un article rédigé par Louis Lecoin qui raconte comment le gouvernement socialiste du Front Populaire agissait concrètement CONTRE le peuple espagnol dès 1936.

On connaît les faits : Companys qui avait été prié par la CNT, l'UGT, la FAI et le PSUC d'aller au peuple parisien, n'a pu remplir sa mission, le gouvernement français de front populaire s'y étant opposé. Je tiens à faire ici une relation de tous les incidents se rapportant à l'organisation de notre dernier meeting du Vel d'Hiv' de façon que ni M. Blum ni ses sous-ordres n'aient la possibilité d'atténuer par des mensonges l'odieux de leur attitude. J'avais pensé que la venue de Companys à Paris, dans les conditions projetées, devait revêtir, une extrême importance, tant au point de vue populaire que diplomatique et que le criminel blocus des "pacifistes" à l'eau de rose ne survivrait peut-être pas aux effets de notre manifestation.

Je persiste à croire que mes prévisions n'étaient pas absurdes et les commentaires fait autour de notre meeting -pourtant saboté du fait de l'absence de Companys- le démontrent abondamment. Je suis contre la guerre, je l'ai prouvé déjà et à l'occasion, je le prouverai encore. Mais je suis aussi contre le blocus qui étouffe une révolution et fait massacré la fleur d'une nation par toute la canaille internationale. Je ne veux pas sauver les "maroquins" des ministres de Front Populaire en trahissant les intérêts des travailleurs espagnols, en manquant à ce premier devoir de l'internationale anarchiste qui nous commande de voler au secours des anarchistes espagnols dont le nombre, la force, la vaillance dans le combat, la sagesse dans l'administration économique, imposent au monde entier au moins le respect quand ce n'est pas l'enthousiasme. Je suis contre la guerre, mais je veux pas qu'avec la peur de la guerre on nous maintienne dans l'inaction la plus pernicieuse et que l'on nous interdise de prendre part à la lutte qui se déroule à nos côtés, là au delà des Pyrénées.

Que crève le gouvernement Blum, je m'en fous ! mais que vivent nos camarades espagnols, qu'ils vivent intensément ! C'est dans cet état d'esprit que, mandaté par le Comité Espagne Libre, j'ai organisé la manifestation du 6 décembre. Cela ne veut pas dire que j'aie agi imprudemment, ni que je n'aie pas pris toutes les précautions pour éviter les écueils qui pouvaient barrer la route de Paris.

On va en juger.

J'ai, plus de quinze jours avant le meeting, avisé de sa tenue et de son déroulement, le parti Socialiste, le parti communiste, toutes les personnalités (et bien d'autres) que j'ai prises comme orateurs, personne ne m'a fait la moindre objection, personne ne m'a indiqué que la participation de Companys impliquait des inconvénients.

Dix jours avant le 6 décembre, des journaux ont annoncé, certains en première page, notre meeting sans que le gouvernement opère la moindre réaction. Il connaissait pourtant les organisateurs du meeting puisque au moment de la préparation de celui d'Octobre, il les avaient appelés à la présidence du conseil pour leur demander d'abandonner leur projet d'alors. Je me décidai donc à aller à Barcelone prévenir le président Companys que la route de Paris était libre. Avant j'obtins que l'ambassadeur d'Espagne à Paris, me reçoive. J'exposai à celui-ci le sens de la manifestation du 6 décembre. Voulez-vous, lui dis-je encore écrire au président du conseil de France et à son ministre des affaires étrangères afin de leur demander une audience pour M. Companys quand il sera à Paris ?

L'ambassadeur m'affirma qu'il le ferait.

Pouvais-je avec plus de précautions, préparer la venue en France du Président Companys ?

Pouvais-je, puisque la manifestation était dirigée contre le blocus, contre la politique criminelle du gouvernement Blum, pouvais-je demander à ce dernier de la prendre sous son égide ?

Qui me fera le reproche de ne m'être point prêté à ce jeu où j'étais assuré de perdre ?

C'est seulement Vendredi matin 4 décembre que je fus mis au courant des intentions du gouvernement et que je vis se dérouler la manoeuvre. M. Moch avait été chargé d'exécuter la machination, il y fut aidé d'ailleurs par des gens de la Généralité. J'appris par M. Moch que le gouvernement interdirait notre meeting qu'il ferait plutôt arrêter M ; Companys à la frontière que de le laisser parler au Vel'dhiv' le président de la catalogne. A la même heure, Companys était avisé par le consul de France à Barcelone des bonnes dispositions à son égard du gouvernement de Front populaire. Companys eu le courage de partir quand même.

En arrivant à la frontière, il y trouva des policiers, des gardes mobiles et un préfet qui lui signifia qu'il ne pouvait pénétrer en France qu'à la condition de s'arrêter à Toulouse et de ne poursuivre sa route vers Paris après le 6 décembre. Companys eu la dignité de rebrousser chemin.

Pourquoi, M. Blum fit-il 48 heures avant la tenue de notre meeting, cette sale opération ?

Pas besoin d'être grand clerc pour en deviner les raisons. Vendredi et samedi un débat avait lieu à la Chambre des députés sur l’événement d'Espagne et leurs conséquences internationales. M. Blum craignant que les communistes ne votent pas pour lui et désirant rattraper au centre-droit ce qu'il appréhendait de perdre à l'extrême gauche, donna des gages à M. Flandrin en traitant Companys en interdit de séjour. Et l'on voudrait dans certains milieux pacifistes que nous soyons en extase devant la politique d'un Blum, allons donc !

Et certains camarades anarchistes hésitent à se lancer dans la défense de la révolution espagnole, parce que M. Blum ses agents, sa presse vont criant partout qu'ils empêchent la guerre. Pauvres nigauds ! Nous ne serons pas dupes, nous.

Nous marcherons à fond contre le fascisme espagnol, contre le fascisme international et contre le gouvernement français dont il est évident que les tractations mettent en péril en même temps la paix du monde et la révolution ibérique

Louis Lecoin

    La une du Libertaire avec l'article de Louis Lecoin et l'affiche annonçant le meeting !

Centre de ravitaillement : "Une permanence est créée pour les arrondissements suivants : 9è, 10è, 17è, 18è, au 18 rue Gabrielle -Paris 18. Il n'y a plus un instant à perdre pour sauver nos frères d'Espagne de la situation tragique où les abandonne, devant les violations répétées des fascismes hitlérien et mussolinien, la politique de stricte observance de la neutralité. Cette criminelle attitude dicte leur conduite à tous les antifascistes sincères. Qu'ils agissent pendant qu'il est encore temps. Ce ravitaillement direct aux colonnes, il s'accomplit actuellement par notre intermédiaire par des camions qui font incessamment la navette de notre siège aux fronts antifascistes." Centre de ravitaillement des milices antifascistes 203 rue d'Alésia Paris 14. Décembre 1936.