Du comité pour l’Espagne Libre à la Solidarité Internationale Antifasciste à Brest

Les acteurs brestois du réseau d’aide aux antifascistes

Auguste Le Lann (1904-1974), un ouvrier de l’arsenal de Brest, est l’un des acteurs de la Solidarité Internationale Antifasciste en Bretagne. Dans Le Libertaire d’après-guerre auquel il collabore régulièrement [1], il évoque le 19 juillet 1936, le moment où la Confédération Nationale du Travail prend la tête de la riposte au coup d’état militaire. En 1936, il est le secrétaire du comité de la Maison du Peuple de Brest et c’est un militant connu de la CGT. Il a été particulièrement en pointe de la lutte syndicale lors des journées d’août 1935 où la répression des grévistes, qui manifestaient contre la baisse des salaires de 10 % imposée par le gouvernement Laval, a fait trois morts dans la population ouvrière brestoise. Il est également le secrétaire du groupe libertaire brestois affilié à l’Union Anarchiste (UA), et de l’éphémère fédération libertaire de l’Ouest. Avec René Martin, il représente Brest au congrès de l’UA en mars 1937.

René Martin (1887-1964) est un militant syndical et politique aguerri : Il a pris de l’importance au cours du conflit. Affecté à un régiment d’artillerie à Brest en septembre 1914, il est renvoyé dans ses foyers le mois suivant à cause d’un début de tuberculose, et affecté au port de guerre de Brest comme ouvrier ; il s’engage alors dans le syndicat. Il devient l’un des dirigeants du syndicat des ouvriers du port et participe à la grève d’avril-mai 1918 contre la vie chère. Il est considéré comme un homme dangereux, n’a-t-il pas affirmé dans un courrier saisi par les gendarmes : « La paix vient, espérons que le règlement des comptes approche et qu’avec cette paix luise l’aube de la révolution sociale ». Il ne veut pas combattre la révolution russe : à Brest on se prépare à envoyer des troupes combattre en Russie. Arrêté en janvier 1919, il est acquitté en mai des accusations d’incitation des soldats à la désobéissance. René Martin défend la ligne autonome au sein de la CGT Unitaire (CGTU) en 1922. Secrétaire départemental rapidement mis en minorité par les communistes, il quitte l’année suivante la CGTU et rejoins la nouvelle organisation syndicale des Syndicalistes Révolutionnaires, qui deviendra la CGTSR et prend la tête de la bourse autonome du travail de Brest. Comme Le Lann, il est l’administrateur de la Maison du Peuple brestoise.

René Lochu (1899-1989), un ouvrier tailleur, arrivé à Brest après la guerre, et Jean Tréguer (1880-1963), le secrétaire du syndicat des dockers, sont avec Jules Le Gall (1881-1944), le leader historique du mouvement libertaire brestois, depuis 1902, les autres acteurs principaux de l’aide à l’Espagne anarchiste. Déjà dans les années vingt, ils avaient participé à une action de protestation contre l’expulsion des anarchistes Ascaso Durruti. L’Union anarchiste avait lancé une intense campagne de solidarité qui permit leur libération en juillet 1927 et leur expulsion vers la Belgique.

Compte-rendu de la police de Brest Compte rendu de la police pour le Sénateur-Maire de Brest

1934 – 1936 : une pratique très active de l’aide aux réfugiés

Les Brestois participent en 1932 à la mise en place du Comité International de défense anarchiste (CIDA) initié par Louis Lecoin, qui concurrence le Secours Rouge, communiste et les comités Matteotti, socialistes. Le CIDA, dont le siège est en Belgique, va devoir mener campagne de plus en plus souvent : d’abord pour aider les antifascistes italiens, puis les anarchistes emprisonnés en URSS et les militants espagnols déportés en Guinée espagnole en 1932. L’antifascisme va prendre une nouvelle orientation et s’exprimer de façon concrète dans le soutien aux camarades des Asturies, où en octobre 1934, alors qu’échoue une grève insurrectionnelle en Espagne, une véritable révolution semble se profiler. Le 4 octobre 1934, à Madrid, le gouvernement est passé aux radicaux, allié à la CEDA, une alliance monarchiste et phalangiste. En réponse, une grève générale éclate le 5 octobre dans toute l’Espagne, les manifestations dégénèrent en affrontements qui font plus de 200 morts le premier jour et entraînent l’état de siège. La Catalogne, qui a déclaré son indépendance, cède la première face à l’armée. Dans les Asturies, où une convergence existe entre les différentes forces ouvrières, contrairement aux autres régions, la grève prend un caractère insurrectionnel. Hélas ! Trois jours après le déclenchement de la grève, seules les Asturies semblent encore tenir, malgré la reprise du port de Gijón par la marine loyaliste. La Garde civile, aidée par les milices phalangistes et surtout la redoutable légion étrangère du général Franco, vont méthodiquement assiéger les rebelles et les écraser, à l’aide de l’aviation et de l’artillerie, procédant à des exécutions sommaires et des exactions, qui préfigurent la future guerre civile. Le 18 octobre, la Commune des Asturies capitule et des derniers groupes sont pourchassés jusqu’en novembre. Tous les ingrédients de la guerre civile qui éclate en juillet 1936 sont donc présents en Asturies en octobre 1934, y compris parmi les organisations ouvrières la méfiance de chacun envers les autres.

Les Aransaez   Les Brestois vont accueillir des réfugiés asturiens, et parmi ceux-ci Saturnino Aransaez (1893-1959) et son fils Julian Angel Aransaez-Caïcedo (1916-2001). La compagne de Saturnino et le fils cadet sont hébergés dans une autre ville. Saturnino est un militant actif de la CNT, qui a écope de la prison pour complot contre le roi. Il participe à la création de la république des Asturies. Hébergé à la maison du Peuple pendant 15 mois, il rejoint l’Espagne à l’appel des la CNT en février 1936, en passant par Paris où se trouve l’antenne française de la CNT. Saturnino Aransaez devient organisateur dans la réserve militaire de la CNT, puis conférencier. Après la chute du Front Nord (pays Basque et Asturies), il prend la direction d’une usine travaillant pour l’habillement militaire. Réfugié en France, il sera élu secrétaire du comité CNT du Pays Basque en exil. Julian Angel Aransaez-Caïcedo était en 1934, à 18 ans, membre du comité régional de la jeunesse libertaire pour le Nord. Il représente le Pays basque à la Fédération ibérique de la jeunesse libertaire en 1937 et entre au comité directeur de la Solidarité internationale antifasciste en 1938. Lorsque René Martin se rend en Espagne en mars 1937 en compagnie de Pierre Odéon, rédacteur au Libertaire [2], Julian Angel Aransaez le rencontre à Barcelone en tant que responsable de la Jeunesse ibérique libertaire. En janvier 1939, il doit quitter l’Espagne et il est interné. En 1945, il fait partie des militants qui réorganisent la CNT en exil, dans la fraction « collaborationniste » (prête à s’allier avec les autres mouvements pour le rétablissement de la démocratie en Espagne). L’année suivante il entre clandestinement au Pays basque pour discuter de l’alliance entre anarchistes et nationalistes basques au sein du gouvernement basque en exil et participe à a réunion organisée dans la clandestinité par la CNT en octobre 1946 à Sestao.

Pierre Odéon, organisateur de la colonie d’orphelins de Llancà, en Catalogne, connait bien René Martin, avec qui il a milité au sein de la Ligue Internationale des Combattants de la Paix. C’était également un proche de Nestor Makhno, que le groupe brestois avait hébergé en 1927. Les militants hébergés à Brest sont importants aux yeux de la CNT. L’Union anarchiste, qui a confiance dans le groupe brestois, lui confie la tâche d’organiser l’accueil des militants antifascistes, de les loger et de leur trouver un travail. C’est le cas des italiens, autour de la figure de Pio Turroni, lui aussi parti en Espagne rejoindre les colonnes anarchistes, et réorganisateur du mouvement anarchiste italien en 1945. Louis Lecoin et Sébastien Faure connaissent personnellement Jules Le Gall, depuis les combats d’avant 1914 et apporteront toujours le soutien aux Brestois. René Martin et Auguste Le Lann servent de relais, quand Jean Tréguer assure le logement et aide à l’embauche dans le secteur du Bâtiment et des dockers, où les anarchistes ont des relais solides et Jules Le Gall tisse les liens avec les responsables syndicaux, politiques et des associations de défense des militants (Comité de défense sociale et Ligue des droits de l’homme). Les Brestois sont prêts à aider les militants, y compris clandestinement pour quelques-uns. C’est pourquoi ils vont jouer un rôle important dans les futures structures d’aide à la CNT-FAI.

  

1936 – 1937 : L’Espagne antifasciste et le Comité pour l’Espagne Libre

Dès les premiers jours de la lutte antifranquiste, les Brestois vont organiser la riposte. Fin août 1936, Louis Lecoin, à la demande de l’Union Anarchiste, met en place le Comité pour l’Espagne Libre (CEL) [3]. Nicolas Faucier et Pierre Odéon sont chargés d’organiser le soutien à la CNT. Un journal, L’Espagne antifasciste, est le porte-parole de la CNT : en novembre 1936, le groupe libertaire brestois y annonce avoir récolté 400 F. Le comité a pour objet de convoyer ravitaillement et du matériel divers vers l’Espagne. Il sera aidé dans sa tâche par des syndicalistes, notamment ceux de la Fédération des Ports et Docks, celle de Jean Tréguer. Ce comité se transforme le 30 octobre 1937, en section française de la "Solidarité Internationale Antifasciste" (SIA) au congrès de l’Union anarchiste. Les deux responsables brestois en seront Le Lann et Martin. Fin novembre, une centaine de camions ont déjà été convoyés. À Brest, des collectes sont organisées dans les rues, par camionnette et corne pour appeler les chalands. Des tracts appellent régulièrement à la collecte de vêtements et de conserves. Brest et Lorient sont les seuls centres de collecte à l’Ouest. Régulièrement un camion part de Brest chargé de produits frais et de vêtements, avec l’aide d’un maraîcher de la région de Saint-Pol de Léon (Finistère).

La colonie « Ascaso-Durruti » Martin avait lui-même participé au convoyage en février 1937, à Barcelone. Il accompagne Pierre Odéon à la colonie « Ascaso-Durruti », dont il rend compte dans Le Libertaire sous le titre « Sauvez les gosses ». C’est plus un appel au secours, face à la détresse des enfants rescapés de Malaga et de Madrid. Bientôt trois cents, enfants qu’il faut vêtir, nourrir, soigner. Les soutenir, ce sera faire la preuve, « autrement que par de trop faciles affirmations verbales ou écrites de solidarité à l’adresse des martyrs du grand drame espagnol, que cette solidarité n’est pas un vain mot. ». (Le Libertaire, n°540, 18 mars 1937). Ce même mois de février Sébastien Faure vient en meeting à Brest et appelle au soutien à la révolution espagnole, liant le sort du mouvement ouvrier français à celui du mouvement ouvrier espagnol : la victoire ou la défaite, sont les seules voies d’issue à cette révolution. En mars 1937, au retour de Martin à Brest, est organisée une soirée avec des membres du CEL. Environ 700 personnes assistent à la projection d’un film, « La Révolution en Espagne ». Condamnation des Franquistes, mais aussi des gouvernements démocratiques qui ont laissé les fascistes s’armer et leurs alliés internationaux se regrouper. A Brest, les antifascistes ont manifesté devant un vapeur espagnol se trouvant à quai : les autorités civiles et militaires ont refusé que les marins espagnols se rendent au meeting et ont inquiété certains manifestants. Le Comité de défense sociale, mené par Jules Le Gall, s’engage à les défendre.

En mai 1937, l’attaque des miliciens communistes contre la FAI et ses alliés du POUM (Trotskyste) change la nature du conflit. A l’intérieur de la guerre civile, commence une autre guerre civile, tout aussi atroce, où intervient directement la police soviétique, le NKVD. La Solidarité Internationale Antifasciste, organisation de secours des anarchistes en Espagne, demande à ses amis étrangers de créer des sections nationales, capables de concurrencer le Secours Rouge communiste.

Les chalutiers et le sous-marin C2   L’action de soutien prend de l’ampleur avec l’arrivée en Finistère des premiers réfugiés. Au printemps 1937 les deux régions basques et asturiennes, isolées depuis le début de la guerre, tombent Ces événements dramatiques entraînent l’arrivée de réfugiés, échappés grâce à des cargos, des chalutiers, voire de petits voiliers de pêche. Le premier chalutier, le Constante F. Véga, détourné dans la nuit du 2 au 3 juin, arrive à Brest le 5. C’est le drapeau républicain levé qu’il entre dans le port de Brest. Le 7 juillet, quatre autres vapeurs viennent s’amarrer au port de commerce. 18 hommes originaires de la région de la Corogne ont embarqué sur les quatre chalutiers pour rejoindre Brest puis repasser en zone républicaine. Le 22 juillet, un nouveau chalutier, le Ramon Correa s’amarre près des autres bateaux. Il arrive de Vigo. Le 28 août, trois matelots s’échappent pour rejoindre le camp nationaliste, en volant un voilier. Début septembre, deux nouveaux chalutiers se présentent. Ils arrivent de Gijón, la dernière enclave républicaine sur l’Atlantique, qui se réduit de jour en jour. Le dernier dimanche d’août, vers 23 h 30, deux marins-pêcheurs voyaient entrer dans le port un sous-marin espagnol. L’affaire du sous-marin C2 commençait : affaire à multiples rebondissements : un sous-marin gouvernemental échappé du blocus naval, et venu à Brest pour réparer ses avaries. Tout de suite les services secrets nationalistes vont tout faire pour le récupérer. Les services secrets de la CNT espagnole, (le service d’information et de coordination -SIC), sont à Brest et collaborent avec la police française, pour faire échec aux franquistes. Anarchistes et communistes, qui se combattent en Espagne, participent à Brest à la surveillance des navires et du sous-marin.

1937-1939 : La Solidarité Internationale Antifasciste

Le CEL se transforme en Solidarité Internationale Antifasciste en octobre 1937. C’est désormais sous cette étiquette que vont agir les Brestois. Les actions de collecte prennent de l’ampleur et deviennent régulières en ville. Ainsi le 23 janvier 1938, un rapport de police indique que le comité brestois a mené une collecte, mobilisant quatre voitures, couvertes d’affiches du Comité pour l’Espagne Libre et de la SIA. René Martin, René Lochu et Alexandre Goavec, militants libertaires, sont repérés. En février 1938, une exposition photographique est organisée à la Maison du Peuple, exposant divers thèmes : la défense de Madrid, l’écrasement du Pays Basque catholique (Brest est une ville où l’esprit catholique est important), la femme et la guerre, l’armée républicaine, les agressions extérieures, allemandes et italiennes L’appel de la SIA, « Du blé et des armes » est relayé à Brest, sous forme d’une campagne d’affichage (mars 1938).. Un mois plus tard, des séances ont lieu au cinéma du Peuple, le cinéma de la Maison du Peuple. Sont projetés des courts-métrages diffusés par la SIA, « La riposte de juillet », « Durruti, le héros de la révolution », « L’enfer de Madrid », « La lutte et le travail », des « films authentiques, sans trucages, pris sur les lieux mêmes de l’action » ! Lucien Huart, conférencier de la SIA (c’est un ancien de la LICP) est invité le 6 avril.

En janvier 1939, tombe la Catalogne et Mussolini peut proclamer le jour de la chute de Barcelone : « Nous sommes passés ! Nous passerons ! ». La cause est désespérée et surtout la méfiance s’est installée, au cœur du mouvement ouvrier : l’ensemble du mouvement ouvrier se place derrière Charles Berthelot, secrétaire départemental de la CGT et animateur du comité départemental d’aide aux réfugiés, notamment lors de l’arrivée de 2000 réfugiés en Finistère, début février. Un comité de patronage regroupant préfet, évêque, maires et élus départementaux, CGT, se constitue à la suite de cette arrivée massive. Les communistes soutiennent l’initiative et les anarchistes, qui la condamnent, sont isolés définitivement. Au même moment, l’armée catalane fait retraite vers les postes frontières, protégeant l’exode des populations. Le 21 janvier 1939, à la Maison du Peuple, Jules Le Gall, René Martin et l’oppositionnel communiste Paul Valière organisent un meeting sur le thème « Au secours de l’Espagne républicaine : exigeons des armes et du pain pour les combattants de la liberté ». Mais cette réunion, sous l’égide de la SIA, est un échec. Désormais la SIA mène le combat pour l’accueil des combattants et de leurs familles. Les familles seront prises en charge, mais que deviendront les combattants ? la France ouvrira-t-elle sa frontière ? C’est la préoccupation qui est exprimée sur une affiche collée dans les rues de Brest fin janvier 1939. Après une première tentative avortée pour récupérer les chalutiers et le cargo en rade de Brest, les franquistes sont de retour en Finistère à la mi-mars 1939.

Cette fois-ci officiellement : le général Franco a été reconnu par la France, les bateaux doivent être rendus à l’Espagne franquiste. Derniers actes de résistance : des pièces de moteur des cinq chalutiers, échoués dans l’estuaire de l’Aulne, à Landévennec, ont été enlevées pour empêcher tout départ. Fin avril, l’opération de renflouement des chalutiers est menée par des équipages venus d’Espagne, encadrés par des officiers de la marine nationaliste. Les navires sont regroupés, réparés et évacués le 27, direction le port de Vigo. Les matelots encore en France ont le choix entre le retour en Espagne nationaliste ou l’internement en camp de concentration en France. C’est le cas pour onze militants qui avaient détourné deux chalutiers galiciens vers Brest. À la fin mai 1939. Ils sont internés à Gurs, dans les Pyrénées-Atlantiques. Épilogue La guerre d’Espagne est restée une plaie béante pour les libertaires brestois. Le combat antifasciste n’a pas réussi à empêcher les franquistes de gagner. Pire, l’adversaire stalinien est devenu un ennemi qui n’a pas hésité à combattre contre les milices anarchistes. L’Union anarchiste essaie de mobiliser sur le thème pacifiste : le 16 mars, un conférencier de l’Union anarchiste, Maurice Duviquet (alias Doutreau), anime un meeting à la Maison du Peuple sur le thème « Cette paix n’est notre paix, cette guerre n’est pas notre guerre », slogan qui semble dépassé par l’enchaînement des évènements. Privés du soutien à l’Espagne républicaine, les libertaires peinent à mobiliser sur le thème de la lutte contre la course aux armements.

Le 1er Mai 1939 est très calme à Brest. La CGT n’a pas appelé à débrayé : pas de manifestations, hormis un meeting en soirée à la Maison du Peuple, devant un public clairsemé. Les événements européens s’accélèrent. Mussolini a lancé son pays à l’assaut de l’Albanie. En avril, la défense passive a distribué à la population brestoise les consignes à respecter en cas de bombardements aériens : construction d’abris antiaériens et dispersion quotidienne de la population dans les communes voisines. À nouveau la hantise des gaz de combat, mais cette fois-ci contre la population civile ! Les anarchistes sont partagés sur l’attitude à adopter. Doit-on s’allier aux autres mouvements ouvriers et rechercher une alliance, comme le suggèrent la SIA ou la Ligue Internationale des Combattants pour la Paix ? Doit-on défendre un pacifisme intégral ? Un refus absolu de la guerre, y compris contre les fascistes ? Le journal Le Libertaire interroge les groupes locaux, ils répondent très majoritairement par le rejet de la guerre. Pour eux, consentir à la guerre capitaliste, c’est mourir pour la Réaction ou pour le communisme stalinien ! La peste ou le choléra, mais, dans les deux cas, la mort ! Le Libertaire souligne cependant, en commentant les réactions des groupes, que personne n’a soutenu la théorie de la servitude, au nom de la paix !

Jean-Yves GUENGANT

Références :

- Nous ferons la grève générale , Jules Le Gall, les anarchistes et l’anarcho-syndicalisme à Brest et en Bretagne. Jean-Yves GUENGANT éditions GOATER, 2019.

- Faucier Nicolas, Dans la mêlée sociale, La Digitale, 1988. Pacifisme et Antimilitarisme dans l’entre-deux-guerres, Spartakus, 1983.

- Lecoin Louis, Le cours d’une vie, 1965.

- Lochu René, Libertaires, mes compagnons de Brest et d’ailleurs, La Digitale, 1983.

- Thomas Georges-Michel, Brest la Rouge, éditions de la Cité, 1989.

Notes

[1] Le Libertaire, 30 juillet 1948.

[2] Pierre Odéon, 1903, Pontivy, Morbihan – décembre 1977, Paris. Responsable de la Jeunesse anarchiste, puis secrétaire de l’Union anarchiste communiste. Proche de Nestor Makhno en 1927, il fut en 1931 au secrétariat de la LICP. Cheville ouvrière du Comité pour l’Espagne Libre en 1937, organisant la colonie de Llancà. Déporté à Buchenwald et dans une mine de sel.

[3] Louis LECOIN, Le cours d’une vie, p. 154. Édité par l’auteur, 1965.

[4] Voir Patrick GOURLAY, Nuit franquiste sur Brest, l’attaque du sous-marin républicain C2, 1937. Coop Breizh, 2014 ainsi que la bande dessinée « Nuit noire sur Brest », Damien CUVELLIER, Bertrand GALIC et KRIS, Futuropolis, 2016, d’après le livre de P. Gourlay

  Janvier 1938